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Pałac Spirala

En urbex, une exploration ne ressemble jamais à une autre, même lorsque le lieu est identique. Même en terrain connu, on ne sait jamais quel nouvel obstacle va se dresser entre nous et le plaisir de la découverte. Un cadenas flambant neuf ? Une fenêtre fraîchement consolidée ? Un voisin enragé ou un chien vigilant (ou l’inverse) ? Ou simplement, le manque de chance au moment décisif, celui dont dépend l’exploration et qui peut être gâché par un simple passant ou un paysan qui n’a même pas conscience de ce qu’il a provoqué.


Mais parfois, malgré notre ruse légendaire et nos aptitudes de grimpeurs et de contorsionnistes hors pairs, il faut se rendre à l’évidence : impossible de rentrer. C’est là qu’on rebrousse chemin en ruminant et en essayant de se convaincre que ça n’avait pas l’air si terrible à l’intérieur. Parfois, pourtant, à de très rares occasions, il existe une autre voie (qu’on n’aime pas du tout, mais soit !) : la voie légale. Un coup de fil ou un e-mail à la bonne personne, peut sauver la mise et nous permettre de voir un lieu impossible d’accès.

C’est en somme de cette façon que nous nous retrouvons plantés devant la grille de ce monstrueux château en Pologne à attendre l’arrivée de notre rencard du jour. Peu habitués à la démarche, nous ne sommes pas très sûrs que cette charmante dame va effectivement tenir sa promesse et venir nous ouvrir… Et pourtant, après quelques minutes d’attente, voilà une voiture qui s’engage dans l’allée et nous arrache un soupir de soulagement. La visite peut commencer !

Nous suivons notre laissez-passer dans le parc du château où se dressait jadis un jardin à la française. De l’extérieur, le château est excessivement intimidant, et pourtant ce n’est pas faute d’en avoir vu des tas. Sa structure est colossale, ses tours vertigineuses, juché en surplomb, entouré de douves, il semble imprenable et impose le respect. Nous franchissons le pont qui enjambe les douves et mène à la porte et nous voyons la petite dame (appelons-la Olga, comme ça, parce qu’on a le droit !), sortir une clé et composer un code sur un clavier attaché à la façade. Voilà, c’est dit : le château est bien protégé !

Une fois la porte ouverte, c’est un peu comme l’ouverture des barrières à l’entrée de Disneyland : nous nous précipitons P. et nous dans tous les sens. Nous avons fixé avec Olga une certaine durée de visite et la bâtisse est tellement énorme que nous craignons de manquer de temps. D’un commun accord, notre duo se sépare pour être plus efficace, chacun son district, pendant que P. part shooter sa première pièce.

C’est peu dire que traverser les couloirs de ce château est un voyage dans le temps. Construit au XVe siècle, il a accueilli en ses murs certains des monarques les plus éminents de leur époque et été le témoin de plus de 500 ans de mutations, de guerres et d'avancées technologiques. A voir ses peintures défraîchies, ses plâtres émiettés et ses traces d'humidité, on comprend aisément qu’outre cette longue histoire, des années de négligence l’ont fortement éprouvé.

Ces traces de fatigue disparaissent pourtant presque totalement dès que nous poussons la première porte pour déboucher sur un salon où trône une sublime cheminée. La pièce est vide si ce n’est une paire de fauteuils rouges, mais elle garde une prestance indéniable. En levant la tête nous apercevons l’impressionnant plafond peint aux couleurs douces et le joli lustre en cristal.

La pièce voisine est du même acabit : présentant de magnifiques boiseries et une cheminée monumentale surplombée de deux figures humaines langoureusement posées et surmontée d’un plafond peint, encore plus coloré que le précédent. Il y a tant de détails à voir ici que nous en attrapons le tournis. Nous finirons par nous allonger sur le sol pour mieux le contempler pendant de longues minutes avant d’essayer de le photographier.

Dernière pièce en enfilade de cette aile, un salon plus petit, peut-être accueillant un bureau, mais qui présente une remarquable cheminée néoclassique en marbre bicolore. Au-dehors, nous remarquons que les enfants et les maîtresses de l’école ont investi le parc pour un pique-nique. Cette visite, sans le stress et l’adrénaline de l’interdit, et décidément atypique.

De retour dans le couloir, nous apprécions le contraste entre les boiseries fatiguées et les fleurs en plastique arrangées là pour faire bonne figure lors des rares événements organisés en ces murs. Propriété de la même famille durant quatre siècles, le château a été agrandi en 1720, lui conférant une influence gothique. Endommagé en 1745 durant la guerre de succession d’Autriche, il est reconstruit en 1870, cette fois dans un style néo-renaissance.

S’il n’a peut-être pas été construit comme tel à l’époque, cet escalier en colimaçon en fer forgé est pour nous la pièce maîtresse de ce lieu tant la combinaison de celui-ci est des murs décrépits qui l’entourent dégage une forme de poésie. Traversant les 3 étages, l’escalier part ici du rez-de-chaussée et s’élève jusqu’au second étage de la bâtisse. Il devait certainement être utilisé exclusivement par le personnel, même si rien n’en atteste.

Nous débouchons ensuite sur cette grande salle de bal. Plus endommagée que les pièces précédentes, cette salle au parquet en bois brut n’en est pas moins impressionnante en raison de ses dimensions, de la hauteur de son plafond et des peintures qui ornent celui-ci. Là encore, il nous faudra nous allonger au beau milieu de la salle pour en apprécier tous les détails. À la différence des autres, ce plafond majoritairement blanc, est voûté et sculpté directement dans la matière. Une merveille qui ne parvient pourtant pas à faire oublier le plâtre arraché qui laisse apparaître la brique en certains endroits et les affres du temps dont le bâtiment porte les stigmates.

Vues de près, les moulures et les peintures sont en piteux état. Et pourtant, le destin du château aurait pu être bien pire. La famille v. H. aurait connu son âge d’or au XIXe siècle, se profilant comme l’une des plus influentes de l’aristocratie prussienne. Le XXe siècle par contre, allait mettre la bâtisse à mal. Résistant aux affres de la Seconde Guerre mondiale, le château sera néanmoins endommagé et pillé à la fin de la guerre. Après 450 ans, la famille se sépare alors de son bien. Il passe sur le territoire de la République Populaire de Pologne après les accords de Potsdam et sera utilisé comme maison de vacances et comme centre de formation par une entreprise. Il passera ensuite de main en main jusqu’à être racheté en 1990 par un propriétaire privé. Dès lors, le château végète durant deux décennies, seuls les travaux minimums d’entretien étant assurés. Il devient la cible de saccages et de vols à répétition.

En explorant le deuxième étage, nous aurons la surprise de tomber sur cet arbre de Noël écarlate, stocké là au milieu du couloir avec d’autres décorations. L’occasion était trop belle de faire un cliché saisonnier un peu atypique…

Heureusement, cette somptueuse demeure historique connaît une suite heureuse. En 2017, il est racheté par un couple qui décide de s’investir pour le sauver et le réhabiliter. Un projet de longue haleine mais qui offrira peut-être une seconde vie à ce joyau architectural.

En redescendant l’escalier principal, nous ne pouvons nous empêcher d’immortaliser cette voiture d’apparat (une Pobieda M20 pour les connaisseurs) utilisée lorsque des mariages ont lieu au château. Des événements rares mais qui pourraient bien être le salut de ce lieu.

Nous terminerons notre visite à l’extérieur, admirant le Pałac sous tous ses angles, gravitant autour de lui comme des aimants en satellite autour d’une force magnétique. Un peu plus loin, les enfants sont en plein pique-nique, jouant et profitant du cadre idyllique qui leur est exceptionnellement offert. La scène tranche radicalement avec l’atmosphère habituelle de nos explorations, mais peu importe. Nous repartons vers de nouvelles aventures, heureux d’avoir pu arpenter les couloirs de ce joyau en sursis.



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