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Maison de la Poya

L'urbexeur a quelques ennemis qui peuvent mettre en péril le bon déroulement d'une exploration: les voisins trop vigilants, les alarmes silencieuses, les chiens… Bien que moins dangereuse, la neige fait aussi partie de cette catégorie. Et pourtant, ce matin-là, un beau tapis moelleux nous attendait sur le site de notre visite du jour.


Après avoir rusé pour ne pas laisser de traces évidentes menant directement à la Maison de la Poya, nous pouvons entrer et l’explorer en toute tranquillité, malgré le froid qui nous mord les doigts.

Chalet de montagne classique, cette maison présente une configuration un peu atypique : au rez-de-chaussée, les pièces de vie et une chambre à coucher et à l’étage 3 autres chambres reliées par un superbe couloir vitré inondé par le lever du soleil. Rien d’anormal, en somme, sauf que pour passer du rez à l’étage, il faut sortir de la maison et entrer par une autre porte…

Nous commençons donc notre visite par l’étage sans être au courant de cette particularité. Pour l’occasion nous sommes en compagnie de L., ce qui tombe plutôt bien puisque nous pouvons chacun photographier une chambre sans nous gêner. Nous commençons par celle du fond où les malles et les coffres côtoient les meubles en bois et le lit encore fait. Les entrailles d’un traversin gisent sur le sol, comme si une bataille de polochons avait mal tourné.

Posée sur la table, une lampe au pied rouge vif apporte une touche de couleur à cet univers monochrome tout habillé de bois. Autour de nous, la campagne est encore à moitié endormie, décuplant le bruit provoqué par le moindre de nos gestes.

Nous passons à la chambre du milieu pendant que L. termine dans la première. Ici, des pots à lait sont empilés, un panier en osier pend au mur et à droite du lit, un curieux objet en forme de cuve sur pieds surmontée d’une manivelle fait office de table de nuit. Nous découvrirons plus tard qu’il s’agit d’un ancien extracteur de miel. Tous les objets ici se rapportent aux activités de la ferme, ce que cette Maison de la Poya était jadis…

L'unique fenêtre de la chambre ouvre sur le couloir, lui-même vitré. Une indication sans doute du fait que le couloir a été couvert après coup, sans doute pour offrir plus de confort aux membres de la famille qui occupaient ces chambres et pour qui les hivers devaient être particulièrement éprouvants.

Si la neige nous a posé problème lors de notre approche, elle nous procure, une fois à l’intérieur, une magnifique lumière qui réveille les objets assoupis depuis si longtemps. A l’image de cette bouteille à kirsch dont la gravure se projette maintenant sur le haut de la coiffeuse.

Nous passons à la troisième chambre, la première en partant de l’entrée, qui se révèle la plus coquette des trois. Certainement occupée à l’époque par la mère de la famille, elle donne l’impression d’avoir été laissée telle quelle. Seule la poussière donne la mesure des années écoulées.

On trouve là de nombreuses photos : portraits en solo ou en couple, photos de différents mariages, moments en famille. Les visages sont graves, aucun ne porte même l’esquisse d’un sourire. Est-ce la tendance de l’époque ou l’expression de la rudesse de l’existence d’alors ? C’est à notre imagination de trancher…

Pleine de surprises, cette ferme nous livrera un nom, inscrit sur plusieurs courriers retrouvés dans l'une des chambres. Celui d’une fille de fermier (peut-être de ce fermier ?) qui échappa à sa condition en épousant un homme puissant du Moyen-Orient. Un conte de fée dont elle a peut-être rêvé dans un de ces lits…

Dernière prise de vue du couloir avant de passer à la partie inférieure de la maison. La douceur de la lumière projette des ombres sur la façade en bois. L'ambiance est chaleureuse malgré le froid qui commence à nous engourdir les orteils. On s’imagine vieillir là, assis sur un rocking chair, un plaid jeté sur les jambes.

Nous découvrons le rez-de-chaussée par la cuisine laissée dans son jus. Sur la cuisinière rouillée, des casseroles au fond carbonisé reçoivent les gravats qui tombent inexorablement d’un trou dans le plafond. Paille et caillasse recouvrent peu à peu le haut du fourneau. Au fond de la pièce, la petite table et les tabourets bancals ne font pas meilleure figure.

Le séjour est organisé autour du fourneau monumental, typique de ce genre d’habitation, contre lequel il est généralement prévu une banquette pour s’asseoir et profiter de la chaleur. Un fauteuil et un canapé, aujourd’hui miteux, complètent le côté gauche de la pièce.

Vestiges de l’époque, l’horloge murale, le secrétaire et surtout, la radio qui trône au-dessus de celui-ci, donnent à la pièce une atmosphère nostalgique encore amplifiée par les rideaux fleuris et les innombrables toiles d’araignées.

D’autres photos, toujours de jeunes mariés, s'affichent encore ici, offrant leurs visages anonymes aux visiteurs occasionnels qui s’aventurent dans la maison. Une dernière chambre complète le rez-de-chaussée. Elle est occupée par deux lits en bois, posés côte à côte et qui occupent tout l’espace de la pièce. Il flotte ici une odeur nauséabonde, émanant d’un animal mort ou d’un champignon noirâtre qui tache les murs.

Après un peu plus de deux heures plongés dans l’atmosphère de cette ferme d’un autre temps, nos doigts et nos pieds sont complètement engourdis et la morsure du froid devient très douloureuse. Il est temps de quitter les lieux.


Nous repartons dans la neige qui étouffe nos pas tout en en gardant la trace. Plus tard, la neige tombera à nouveau, recouvrant ces empreintes et ajoutant une couche poudreuse sur ces visages, ces destins si variés qui se sont tissés ici, les replongeant dans le silence de l’hiver.


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