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Teatro Tempo Libero

Que se passe-t-il quand le spectacle est fini ? Quand la lumière s’éteint pour de bon dans la salle obscure qui a diverti des générations de spectateurs ? Une fois les portes verrouillées, les fenêtres condamnées et l’adresse oubliée, les murs continuent de vibrer un temps du son des rires, des conversations et des pas empressés, puis, le silence se fait, implacable, définitif. Nous vous invitons aujourd’hui à raviver la mémoire d’un cinéma abandonné depuis près de 50 ans.

Cette visite est l’une des dernières de notre road italien en compagnie de L. et P. Alors que nous nous garons, l’excitation nous gagne de découvrir ce lieu mythique de l’exploration urbaine. Nous sommes loin de nous imaginer que sa visite va nous ramener aux heures sombres du fascisme. Mais pour l’heure, place à la découverte et au grand spectacle d’un lieu dont les murs ont beaucoup à raconter.

Il fait une chaleur écrasante malgré que nous sommes montés en altitude. Contrairement aux idées reçues, le bon temps n’est pas forcément l’allié de l’urbexeur. Synonyme de nombreux promeneurs, de barbecues entre voisins et de travaux de jardinage en tout genre. Mais force est de constater que la canicule a un avantage en cette fin de matinée où le thermomètre dépasse déjà les 30 degrés : chasser tous les habitants à l’intérieur de leurs maisons, portes et volets clos. Le revers de la médaille est que chaque effort pour nous mobilise beaucoup d’énergie, un mur à franchir, une grille à escalader, une forêt de ronces à traverser et nous voilà trempés. Heureusement rien de tout ça ne sera nécessaire pour ce spot.

Nous choisissons de commencer notre exploration par la cave, histoire de se rafraîchir. À notre grande surprise, elle regorge surtout de merveilles oubliées depuis bien longtemps. Ici un piano côtoie des rangées de sièges entreposés dans l’attente d’une nouvelle vie qui ne leur aura jamais été donnée. Témoignage de la nature du lieu, de nombreuses affiches de films jonchent le sol et, ça et là, pendent encore à moitié au mur. Là, on croit reconnaître Jane Fonda, ah non, plutôt Farah Fawcett. Ni l’une ni l’autre au final… (on attend vos propositions!)

Deux étages plus haut, au niveau du grand hall d’entrée, la couleur des murs n’a rien perdu de son éclat. Ici aussi, des rangées de bancs où les spectateurs pouvaient attendre l’heure de la séance en commandant un verre au bar en face, qui ressemble aujourd’hui à une buvette de club de foot avec toutes ces coupes et trophées alignées par un précédent visiteur.

Exemple d’architecture fasciste, le bâtiment a été construit dans les années 1930 par l’OND (Opera Nazionale del Dopolavoro) récupéré par le régime de Mussolini. Cette organisation visait à occuper le temps libre des travailleurs en leur fournissant, comme dans ce lieu, une variété d’activité allant de la salle de spectacle et de cinéma aux restaurants et salles de loisirs, incluant le billard et la télévision notamment. Mais aussi à organiser leur vie sociale, politique et leur système de santé. À travers ces lieux, l’état fasciste intégrait plus profondément le tissu social et parvenait à mieux le manipuler.

Béton armé, acier et verre constituent les éléments principaux de bâtiment, le rendant représentatif de son époque. Ironiquement, ces jerrycans d’essence disposés sous une verrière dans la cage d’escalier font penser à la contestation que ce lieu devait justement réduire au silence. En 1945, après la chute du régime, l’OND est transformé en ENAL (Ente Nazionale Assistenza Lavatori qu’on peut traduire par l’Agence Nationale d’Aide aux Travailleurs) qui reprend la même vocation d’occuper les temps libres des travailleurs en leur offrant des activités mais cette fois, sans propagande ni manœuvre de manipulation des masses.

Contrastant avec les aspects sombres de son origine, la salle de théâtre baigne dans des tons pastels qui la rendent douce et tendent à gommer un peu son état de décrépitude. Ici, on n’a pas l’impression que le bâtiment soit menacé et on ne doute pas qu’il puisse revivre, dopé par une nouvelle dynamique qui lui rende ses lettres de noblesse. Pourtant, comme au cinéma et derrière les décors de théâtre, ce sentiment n’est qu’un leurre.

Nous montons au balcon qui était autrefois garni de nombreuses rangées de sièges confortables, aujourd’hui disparues, volées ou vendues pour habiller d’autre lieux. Ici, la chaleur est écrasante et nous nous faisons violence pour cadrer et maîtriser la lumière malgré notre inconfort. Une brève incursion sur le balcon en arc-de-cercle nous apprendra que la température extérieure est encore bien pire ! Comme toute situation pénible a ses avantages, on savoure le calme ambiant et l’atmosphère détendue qui nous permet de vraiment profiter de l’exploration.

Les vitraux, mais aussi les luminaires et cette grande enseigne « Cinéma » entreposée sur un palier témoignent d’une autre époque qui semble toujours bien vivante entre ces murs, que le XXIe siècle n’a jamais pénétrés. Et pour cause… En 1978, l’ENAL est dissolue. Ses biens reviennent aux régions et aux communes. Le cinéma ferme ses portes peu de temps après, ne parvenant pas à rebondir, la faute, sans doute à des complexes plus modernes et fonctionnels. Le rideau tombe alors sur cet énorme bâtiment de 1 800 m² bientôt envahi par un silence plus écrasant que la chaleur du jour et que le temps se chargera de dégrader.

Nous gardons pour la fin la salle de restaurant dont les tons et l’architecture nous plongent dans une ambiance années 30 teintée d’éléments d’après-guerre. Ici il ne reste plus qu’une table, mais on imagine la convivialité qui y régnait autrefois, rythmant les « after-work » des travailleurs qui se retrouvaient là. Aujourd’hui, un coup d’œil par la fenêtre nous permet de constater que ce n’est pas juste le cinéma qui est tombé dans l’oubli mais une bonne partie des alentours : industries et habitations semblent s’être vidées, prenant des allures de films post-apocalyptiques. Rajoutant une couche à cette ambiance morose, la dépouille d’un chat momifié gît au milieu de la pièce et c’est seulement quand nos yeux se sont habitués à la faible lumière que nous le remarquons après l’avoir frôlé de nombreuses fois.

Après un demi-siècle plongé dans l’oubli, le cinéma, toujours propriété de l’État a été mis en ventes aux enchères en 2021 pour un prix dérisoire justifié par les nombreux travaux nécessaires à sa réhabilitation. Aucun projet n’est hélas prévu à ce jour et l’histoire de ce lieu commence à ressembler à un mauvais film dont le scénario manque d’inspiration pour rebondir.


Au bout de 2h passées dans une autre époque, nous sortons au grand air, happés par la chaleur et la lumière vive qui brûle nos yeux. Les alentours sont toujours désertiques. Comme souvent on se demande si les gens qui vivent ici se rendent compte des pépites qui se cachent au cœur de ce qu’ils considèrent sans doute comme une verrue dans leur paysage. Nous reprenons la route, ravis par cette visite pleine de diversité en espérant que nos photos rendront grâce à la magie du lieu.




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