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Thermes Bleus

Mis à jour : janv. 30

Très à la mode dans la première moitié du 20e siècle, les établissements thermaux sont depuis lors nombreux à avoir sombré dans l'oubli. Désuets, plus assez prestigieux ou simplement démodés, ils ont souvent entraîné dans leur chute la ville où ils étaient situés et dont le prestige ne reposait que sur cette seule activité.


Parmi les nombreux exemples de ce patrimoine englouti, les Thermes Bleus sont certainement l'un des plus beaux. Nous nous sommes rendus trois fois sur place: la première exploration fut rapidement avortée car le moment de la journée n'était pas propice à la discrétion. C'est donc le lendemain avant l'aube que nous avons foulé pour la première fois le sol de ce lieu où le bien-être régnait jadis en maître.

C'est un matin d'hiver en début d'année 2018. Le jour n'est pas encore levé quand nous arrivons à proximité du bâtiment principal. Pénombre et végétation s'allient pour nous aider à passer inaperçus. L'accès est alors un peu acrobatique: il s'agit de se faufiler à travers une fenêtre étroite et de se réceptionner de l'autre côté sur une chaise branlante. Nous arrivons par la piscine qui est encore plongée dans l'obscurité et nous décidons donc d'attaquer notre exploration par l'étage du bâtiment annexe.

La salle d'attente du cabinet médical repose dans son jus. Ici, autrefois, les curistes défilaient en attendant de recevoir divers soins. Aujourd'hui, seuls quelques courants d'air feuillettent encore les pages des magazines.

Porte et boiseries décrépies, moisissure, épaisse couche de crasse sur les appareils et instruments... La salle médicale dégage à première vue quelque chose de lugubre. Et pourtant, au fur et à mesure que la lumière la réveille, notre perception change. Certes, les curistes venaient ici guérir leurs maux, mais ce lieu n'a rien de tourmenté comparé aux hôpitaux psychiatriques qu'on peut voir en Italie par exemple (et dont les récits seront bientôt à découvrir ici). Malgré leur aspect fantomatique, les Thermes Bleus dégagent plutôt une certaine sérénité.

Nous voici repassés dans le bâtiment principal abritant les salles de cure. Le long couloir à la peinture écaillée nous séduit par sa palette de couleurs et ses portes au bleu intense qui se succèdent les unes après les autres. De temps en temps, un claquement retentit au loin ou une brise nous saisit, comme pour nous rappeler à notre clandestinité.

Outre les coups de vent dans les couloirs dévastés, c'est le goutte-à-goutte des nombreuses infiltrations qui se charge de l'ambiance sonore du lieu. L'eau perle aux plafonds et tombe dans les flaques, résonnant dans tout le bâtiment.

L'entrée principale des Thermes ouvraient autrefois sur cet incroyable âtre ardant surmonté d'un magnifique vitrail que la végétation extérieure recouvre aujourd'hui partiellement. Une figure de plâtre, en partie défigurée veille inlassablement l'arrivée d'un hypothétique miracle capable de redonner vie à ce lieu.

Ici, les couleurs des peintures posées autrefois rivalisent d'éclat avec les nuances naturelles de la mousse et des champignons qui gagnent peu à peu les murs. Une vraie toile de Maître!

Déjà à l'époque gallo-romaine, une station thermale existait sur ce site. C'est dire la longue tradition qui précédait à la construction des Thermes Bleus en 1845. Dès lors, une clientèle aisée arpentera ces couloirs et se plongera dans ces baignoires pour profiter des biens-faits de l'eau, faisant la renommée de cette petite bourgade.

Désespérément à sec depuis le milieu des années 1980, la piscine se révèle enfin grâce aux flots de lumière qui filtrent à travers la coupole vitrée. Une dizaine de cabines encercle la piscine et on imagine volontiers le joyeux ballet qui devait se jouer ici il y a plus de 30 ans.

De retour sur les lieux deux ans plus tard, nous aurons la triste surprise de découvrir que l'endroit n'a plus rien de confidentiel. Les portes sont à présent ouvertes à tous vents et des graffitis souvent disgracieux ont fait leur apparition tout autour de la piscine, meurtrissant un peu plus ce patrimoine déjà bien malmené.

Touchés en plein cœur, il paraît aujourd'hui improbable que les Thermes bleus se remettent un jour de leurs blessures. Avec eux, c'est un pan du patrimoine, un vestige d'une époque et de son mode de vie qui disparaît inexorablement. Une fois encore, nous nous sentons chanceux d'avoir pu en être les témoins silencieux.


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