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Villa del Calciatore

Bien qu’en urbex rien ne soit jamais ni sûr ni acquis, certains lieux semblent abandonnés depuis toujours et changent peu d’une visite à l’autre. Des immuables. La Villa del Calciatore (traduisez Maison du Footballeur) appartient à cette catégorie.


Souliers, balles, coupes, sifflets, maillots… Ici, les amateurs du ballon rond en auront plein les yeux. Nous avons visité deux fois cette villa, la première en novembre 2018, la seconde à peine un an plus tard. Entre les deux, le lieu est resté intact comme si rien ne s’y était passé. La passion du foot y règne en maître, superbement mise en valeur par les murs et les plafonds peints, typiques de ces lieux dont l’Italie a le secret.

Arriver à la Villa del Calciatore n’est pas des plus discrets. Entourée de fermes et desservie par une petite route régionale où le trafic n’est pas rare, il faut, pour percer la forêt qui l’abrite, remonter un long chemin en ligne droite, bien à la vue de tous. Lors de nos deux visites, nous irons au culot sans être remarqués par qui que ce soit. Soit la chance nous a souri par deux fois, soit personne n’en a rien à faire, ce qui est très probable.


Le corps de logis de cette ancienne ferme est ouvert à tous les vents. Les portes sont tellement détériorées qu’on doute même qu’elles puissent encore fermer. Après un tour de reconnaissance au rez-de-chaussée, nous grimpons directement à l’étage pour profiter de la lumière. Une nuée de moustiques nous accompagne et ne nous lâchera plus, à tel point que le souvenir de cette exploration se résumera au bruit des claques à répétition que nous nous infligeons !

En haut des escaliers, nous arrivons face à deux portes vitrées qui s’ouvrent sur un large espace presque vide. Le sol est but, recouvert de dalles de pierres assez larges. Les murs et le plafond sont entièrement peints de fresques. Le travail des portes en bois est lui aussi admirable. On imagine la prestance que cette maison a dû avoir à l’époque, bien qu’elle soit perdue au milieu de nulle part. Seuls deux petits fauteuils et un meuble bas occupent la pièce. Ici encore, des objets relatifs au football sont exposés.

La pièce suivante inverse la tendance : ici, les murs et le plafond sont dépouillés, peints d’une seule teinte alors que le sol est recouvert d’un carrelage en mosaïque. Des toiles d’araignées enroulées pendent misérablement le long des murs, comme si les arachnides, elles-mêmes avait mis les voiles et déserté la maison. La pièce est encore bien meublée : lit, commode, miroir, tables de nuit et fauteuils sont restés à leur place, tout comme le réveil électrique et le valet.

Les autres chambres étant assez dépouillées, nous redescendons au rez-de-chaussée et entamons par la cuisine aux murs noircis. Le four tout comme la table et les chaises 70’s sont attaqués par la rouille. Il règne ici une crasse qui semble s’être concentrée sur les murs, comme si la ménagère avait laissé exploser sa casserole de sauce tomate. Cependant, la pièce nous plaît et nous restons longuement à la photographier.

Une autre pièce dépouillée jouxte la cuisine. Elle n'est occupée que par deux fauteuils en cuir et un vieux poste de télé installé sur un cageot retourné. Aucune idée si telle était vraiment la configuration de l'époque où si c'est le fruit d'une mise en scène perpétrée par d'autres explorateurs, bien que la seconde possibilité soit la plus probable. Nous ne nous attardons pas et passons à la pièce suivante.

Nous revenons dans la pièce principale par laquelle nous étions entrés. La lumière est à présent idéale et tombe précisément sur l’autel footballistique qui trône fièrement contre un mur. Sur deux petites tables en demi-arc-de-cercle, des trophées, des souliers à crampons, des photos d’équipe, des coupures de presse et un ballon crevé. D’après le peu d’information que nous avons pu collecter, le dernier habitant des lieux était entraîneur dans un club local. Sa disparition n’a pas empêché sa passion de lui survivre et de continuer de donner à la maison son atmosphère.

Face à l’autel et à côté de la porte menant à l’étage, un petit bureau accueille deux postes radio et de vieilles lunettes à la monture cassée. On imagine aisément leur propriétaire s’asseoir là le soir pour suivre les rencontres ou écouter les résumés des matchs du week-end et peut-être noter scrupuleusement les résultats. Aujourd’hui, les vieilles radios se sont tues mais si l’on tend l’oreille, les murs résonnent encore parfois des cris des supporters et des envolées des commentateurs sportifs.

Le reste de la pièce est désordre sans nom fait de paperasses, de magazines, de cadavres de bouteilles de vin et de vieux flacons de produits ménagers. Malgré le beau plafond peint, il sera difficile d’en faire quoi que ce soit et nous préférons ne pas trop nous obstiner – d’autant plus que les attaques de moustiques se font de plus en plus agressives et poussent nos nerfs à bout.

Dans un coin de la buanderie, punaisé derrière une porte, nous trouverons un calendrier daté de l’année 1997. Plus de 20 ans donc que cette maison garde précieusement les vestiges d’une vie vouée à une passion. Malgré les quelques visites d’explorateurs qu’elle reçoit, nous espérons que cela dure encore longtemps et que personne ne vienne jamais compromettre son identité si particulière.

Nous ressortons en prenant soin de refermer la porte aussi bien que possible. En traversant les broussailles 1h plus tôt, nous avions repéré sur la droite une petite chapelle attenante à la ferme. Nous nous y engouffrons, toujours suivis par la nuée d’insectes et nous y attardons pour la photographier. Malgré sa simplicité et ses murs roses d’un goût douteux, nous tenons à en emporter un cliché, surtout parce qu’une chapelle sur le terrain en dit long sur le standing d’origine de la bâtisse. Qui dit chapelle, dit souvent noblesse, ou en tout cas bourgeoisie.


Une fois sortis des broussailles et débarrassés des nuisibles qui nous ont laissé de nombreuses marques en souvenir, nous reprenons le chemin jusqu’à la route principale. Les alentours sont heureusement déserts et notre sortie se fait aussi discrètement que notre entrée. Par-dessus notre épaule, nous apercevons que la villa a disparu dans la végétation, retournant à son secret teinté de passion. La nôtre, nous l’espérons, continuera de la faire vivre encore longtemps.



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