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Villa delle Mietiture

Mis à jour : avr. 13

C’est une zone désolée que nous parcourons au deuxième jour de notre road-trip italien. Où que nous posions les yeux, ruines et abandon sont au rendez-vous tantôt dissimulés, tantôt en pleine vue. C’est que la région a connu plusieurs séismes importants au cours des dernières décennies, laissant de nombreuses traces visibles qui meurtrissent aujourd’hui encore le paysage.


Nous arrivons à la Villa des Moissons en fin de matinée, quelques temps après avoir quitté la Villa Impériale. Ici, un petit bois entoure la demeure et il faut être au courant qu’elle se trouve là pour arriver à la distinguer derrière les hautes cimes. Malgré les barreaux aux fenêtres et les chaînes qui protégeaient jadis la villa des intrusions, il n’est aujourd’hui pas compliqué d’entrer. Couverts par la végétation, personne ne peut nous voir, hormis ce tracteur qui fait des allers et venues dans le champ voisin.

Deux choses nous sautent aux yeux en pénétrant à l’intérieur. Tout d’abord, l’obscurité ambiante due aux volets fermés dans la majorité des pièces. Certaines sont tellement sombres qu’elles sont impossibles à photographier. Ensuite, le désordre presque cataclysmique qui donne l’impression qu’une mini-tornade a retourné tous les effets personnels de la famille qui vivait autrefois ici… Nous avançons donc à tâtons et en redoublant d’attention à où nous posons les pieds.

Ce piano et cette escabelle tous deux bancals, par exemple, trônent dans la pièce centrale où ne perce quasiment aucune lumière. Malgré tout, la scène vaut la peine d’une pose longue, en particulier avec cette peau de bête douteuse qui semble en pleine mue…

Contigu à la pièce principale, nous découvrons ce bureau au sol jonché de documents, magazines et livres de toutes sortes. Les étagères de la bibliothèque sont occupées par de nombreux ouvrages médicaux, attestant de la carrière du dernier propriétaire qui occupa la villa avec sa famille dès la fin de la guerre et jusque dans les années 80-90.

À l’autre extrémité de la villa, la cuisine baigne littéralement dans son jus. Ici aussi, le sol est recouvert de détritus, d’emballages et de boîtes. De vieux bocaux au contenu brunâtre trônent encore sur les étagères et sur le frigo américain sorti tout droit des années 60. La peinture écaillée du plafond semble avoir coulé sur les murs, comme si la pièce s’était mise à fondre. Il règne ici une odeur nauséabonde, difficile à identifier mais que nous garderons longtemps dans les narines.

Élément majeur de cette villa construite à la fin du XIXe siècle par un riche propriétaire terrien, l’escalier qui s’élève sur trois niveaux et dont les plafonds sont tous décorés de fresques, offrant une perspective prestigieuse malgré l’état de délabrement actuel de l’édifice. Moulures en trompe-l’œil et motifs dans les tons jaunes se découpent sur un fond azuré qui donne à la volée de marches une allure d’ascension vers le Paradis.

Arrivés tout en haut, la voûte céleste se fend et se craquelle, témoignant des infiltrations qui petit à petit fragilisent le bâtiment et noircissent son ciel azuré. Ici pas d’anges pour nous accueillir, juste le silence et quelques portes qui s’ouvrent en grinçant sur des chambres de bonne désertées et une impressionnante voûte immergeant de la pièce principale un étage plus bas (nous y revenons dans un instant).

Redescendus d’un étage, nous voilà dans une chambre où trône un grand lit en bois sculpté. Sur la table de nuit, un morceau de miroir brisé reflète le sublime plafond peint, lui aussi d’un bleu azur et au centre duquel s’envole une colombe. La photo d’une dame, certainement la femme du médecin, nous permet d’associer un visage à ce lieu.

Nous faisons une halte dans cette salle de bains qui semble avoir été le théâtre d’un incendie, certainement vite maîtrisé. Peut-être la villa a-t-elle été un temps squattée peu après son abandon, ce qui expliquerait le désordre des pièces du rez-de-chaussée. L’endroit aura d’ailleurs connu d’autres occupations peu souhaitables à travers son histoire : d’hôpital de fortune durant la guerre, il sera ensuite récupéré par les Allemands qui y établiront temporairement leur camp.

Nous voici arrivés dans la pièce centrale de la demeure : la magnifique salle de réception et son banc jaune qui fait sa notoriété dans le monde de l’urbex. Le plafond voûté – la fameuse voûte dont nous avions vu l’envers un étage plus haut – est peint d’une scène typique de la Renaissance, célébrant la culture de la terre. La mention « Agricultura nihil homine libero dignius » auréole la déesse de la Moisson. Ici aussi, une trace sombre s’étend dangereusement vers la fresque, signe des nombreux assauts des éléments sur le bâtiment.

Chacune des 4 portes qui dessert latéralement la pièce est surmontée d’un haut-relief mettant en scène 4 bambinos à moitié nus effectuant des tâches agricoles. La décoration de cette flamboyante salle de réception rend hommage aux moissons et à l’ouvrage de la terre. Par la fenêtre ouverte, le bruit du tracteur dans le champ voisin apporte une touche moderne à cette célébration.

Emblématique du lieu, ce fauteuil jaune en forme de sombrero trône au milieu de la pièce. D’après les anciennes photos que nous avons pu retrouver, il en était déjà ainsi à l’époque faste de la villa : la pièce était quasiment vide, seulement meublée du banc rond en son centre et de quelques bancs latéraux assortis. Ici devaient défiler les invités du maître des lieux avant de passer dans la salle à manger.

Nous terminons par cette chambre double au charme désuet qui sert aujourd’hui de repère à de nombreuses araignées. Nous n’avons jamais trouvé ni la moindre explication ni même une date approximative de l’abandon du lieu. Certains le situent à la fin des années 70, d’autres quelque part dans les années 90, la fourchette est donc plutôt large !


Après deux heures de visite, nous finissons par laisser les lieux aux hordes de moustiques qui nous attaquent sans relâche. Au terme de notre voyage nous comptabiliserons d’ailleurs chacun plus de cent piqûres sur nos bras et nos jambes qui ressembleront pendant plusieurs jours à un champ de mines… Un mal nécessaire pour explorer certains de ces lieux que le délabrement et la végétation engloutissent lentement.


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